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La prostitution et les maisons closes



prostitueeFermées en France depuis la loi Marthe Richard, les maisons closes continuent d’alimenter les débats. Historiquement, la prostitution a toujours existé. Elle a aussi toujours suivi un rythme de croisière chaotique, entrecoupé de périodes de tolérance et de répressions. Quelle que soit l’époque, les seigneurs, les rois, les présidents ont toujours joué sur les deux tableaux : un jour, la prostitution est autorisée et cadrée, le lendemain interdite et punie. Depuis des siècles, les prostituées sont considérées soit comme des personnes intégrées à la société jouant un rôle comme n’importe quelle autre personne, soit comme des personnes marginales travaillant clandestinement.

Un petit coup d’œil sur l’histoire de la prostitution en France

Au Moyen-Age, la prostitution est autorisée et gérée par les autorités. Les prostituées sont des travailleuses tout comme le boulanger ou le cordonnier. Elles ont un cadre à respecter comme les jours et les horaires de travail, les lieux (les « bonnes rues ») ou les codes vestimentaires qui les distinguent des autres femmes (une ceinture dorée). A l’exception de quelques années de répression, où les rois Louis IX et Saint-Louis ont exclus les « femmes publiques » du royaume, la prostitution jusqu’au XVe siècle était quelque chose d’établi, en tout cas l’État s’en accommodait.

Au XVIe siècle, les « valeurs morales » (cf religion) prennent le dessus mais n’interdisent pas totalement la prostitution. L’ordonnance de proscription d’Henri II conduit à la fermeture des bordels. Les maisons publiques deviennent privées et l’encadrement de la prostitution devient plus stricte. La prostitution ne diminue pas pour autant, elle se fond dans la masse clandestinement. Plus tard, selon les souverains, la prostitution est plus ou moins tolérée. A la veille de la Révolution Française, on compte environ 30000 « prostituées simples » et 10000 « prostituées de luxe » à Paris. La répression aurait-elle échoué ?

Au XIXe siècle, en 1804, Napoléon instaure le Code Napoléon qui donne un nouveau cadre aux prostituées. Il permet d’enregistrer, d’inspecter et de régulariser les prostituées en vue de réprimer le proxénétisme et de miser sur la prévention et la réinsertion des prostituées. En 1823, le Préfet de police Delvaux décrète le règlement des maisons de tolérance, qui sera révisé par la loi du 3 avril 1903 et en vigueur jusqu’en 1946.

En 1911, des « maisons de rendez-vous » sont instaurées par le Préfet de police Lépine et consistent en des lieux de travail pour les prostituées. Ici, les prostituées n’y vivent pas, elles viennent uniquement travailler.

Après le vote de la loi du 13 avril 1946 par le Parlement, le régime de la prostitution est aboli, 1400 « maisons de tolérance » ferment leurs portes et le fichier national de la prostitution est détruit. L’idée est de chasser les prostituées des centres-ville en espérant que la prostitution disparaisse complètement. Grosse erreur ! Avec l’interdiction des maisons closes et du proxénétisme, les bordels clandestins se multiplient , le racolage continue (d’ailleurs, le statut de délit du racolage passe à celui de contravention, tant il est difficile de le maîtriser). Mesdames les péripatéticiennes ont à nouveau changé de cap, elles se sont éloignées et ont continué d’exercer leur boulot dans des endroits plus reculés.

La première grève de prostituées a lieu en juin 1975 à Lyon et à Paris. Le mouvement revendique un statut pour les prostituées, une sécurité sociale, la fin de la répression de la police et s’opposent à la réouverture des maisons closes. Puis d’autres mouvements de prostituées apparaissent petit à petit, réclamant eux aussi des droits. En mars 2003, la loi Sarkozy interdit le racolage passif et transforme cette infraction en délit. Depuis 2006, la « Pute Pride », qui est une marche de fierté des travailleuses du sexe, a lieu chaque année.

Extrait reportage : la prostitution au bois de Boulogne

Point de vue

On dit souvent que la prostitution est le plus vieux métier du monde. Plus vieux ou pas, la prostitution existe bel et bien depuis des siècles. Certains l’exercent « volontairement » et s’épanouissent, d’autres le font par obligation (il faut bien payer ses factures et c’est un boulot comme un autre après tout), ou d’autres encore sont contraints parce qu’un proxénète ne leur laisse pas le choix.

En excluant les prostituées de la société, en les inondant de lois, d’interdictions, de peines de prison, le « problème » ne se résout pas. Qu’on s’en prenne au proxénétisme, à la prostitution des enfants, d’accord, mais celles et ceux qui veulent en vivre librement ?

La morale, souvent guidée par la religion, contribue à ce refus de la réalité, et du bien fait, ou disons de leur nécessité. C’est le même principe qu’en prison, il faut bien nourrir les gaillards pour éviter les tensions. C’est un peu la même chose, certains ont besoins de se libérer de frustrations sexuelles, d’essayer le sexe, ou bien plus, partager des moments d’intimité, discuter ou avoir de la compagnie. Les prostituées sont souvent des épaules conciliantes…

Les associations, les manifestations de prostituées n’y font rien, l’État ne se bouge pas… On peut peut-être avoir une petite lueur d’espoir, le groupe de travail du ministère de l’Intérieur dirigé par Chantal Brunel y planche.

La réouverture des maisons closes fermées il y a 64 ans

La question revient en effet sur le tapis aujourd’hui grâce à Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne et auteure de « Pour en finir avec la violence faite aux femmes ». Sa proposition : rouvrir les maisons closes qui seraient rebaptisées « maisons ouvertes » et proposer aux prostituées un cadre de vie plus sécuritaire. Elle, qui avait pourtant voté pour la loi de 2003 contre le racolage passif, réalise que les conséquences de toutes ces interdictions mènent les prostituées à avoir des conditions de vie déplorables. En ouvrant des « maisons ouvertes », Chantal Brunel dit qu’on pourrait imaginer « qu’elles se regroupent à plusieurs, à l’image des cabinets de professionnels, comme les experts comptables. Elles seraient à l’abri des agressions de la rue ». Son idée n’est pas mal en soi, mais visiblement les travailleurs du sexe ne voient pas que les choses comme ça.

Ils sont contre la réouverture des maisons closes parce que :

  • ils considèrent que 100% des revenus issus du travail du sexe doit revenir au travailleur lui-même, et donc sont contre l’idée de travailler au profit du gérant de la maison close

  • ils veulent être libres de choisir leurs clients, leurs tarifs, leurs pratiques et leur protection

  • ils estiment que le dépistage obligatoire des IST ne les protège pas des transmissions de maladies par les clients et qu’il est utilisé pour inciter à accepter des rapports non protégés et à exclure les travailleurs séropositifs

  • ils refusent d’être mis à l’écart de l’espace public et restreints à des endroits réservés

Ils veulent :

  • le droit de travailler où ils veulent

  • le droit de s’associer et de travailler avec les partenaires de leur choix

  • le droit de travailler comme ils veulent

Les travailleurs du sexe souhaitent être réellement indépendants, gérer leur travail comme n’importe quel travailleur libéral, et surtout l’abrogation des lois sur le racolage et le proxénétisme qui ne les protègent pas mais les mettent en danger.

Il est temps de garantir aux prostituées tous les droits de la personne et les libertés civiles, incluant la liberté de parole, de voyager, d’immigrer, de travailler, de se marier, d’avoir des enfants, d’avoir l’assurance chômage, la sécurité sociale, un logement.

D’après un sondage réalisé par le CSA pour Le Parisien, 59% des Français sont favorables à la réouverture des maisons closes, et vous, qu’en pensez-vous ?

N’en déplaise à certains, voici quelques expressions qui font partie de « notre » vocabulaire :

prostituée, pute, péripatéticienne, putain, catin, belle de nuit, tapineuse, fille de joie, racoleuse…

maison close, maison de tolérance, lupanar, bordel, hôtel de passe, maison de plaisir, boxon, foutoir, maison de joie…

Extrait reportage : la prostitution en Belgique

Bandeau pour la Boutique Evasion Coquine

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3 réponses pour “La prostitution et les maisons closes”
  1. eva dit :

    Article très intéressant et bien documenté, merci.

    Je croyais que le débat se situait surtout sur un Oui/Non sur les maisons closes et je découvre que les travailleurs du sexe préféreraient le travail indépendant… ça paraît pourtant évident comme revendication, mais je n’y avais même pas pensé… Comme quoi, on n’est pas toujours si ouvert d’esprit que l’on se plaît à croire !

    • Emma dit :

      Merci pour ton commentaire :-)
      Je me demande si toutes ces revendications sont réalistes…comme dans tous les jobs il va falloir définir un cadre. Bien que les travailleurs du sexe ne soient pas d’accord avec moi, je suis plus pour des maisons closes bien gérées, surtout niveau sécurité et hygiène…après c’est une histoire de sous !

  2. Cathy dit :

    Merci pour cet article. Bien que je trouve ce travail dégradant pour la femme, je respecte leur choix, lorsque s’en est un. Je trouve qu’elle mérite également le même traitement que tout travailleur, elle paye leurs impôts, elles ont les mêmes droits ! Un combat qui dure depuis quelques temps déjà…

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