A travers les 150 œuvres présentées, l’exposition « L’art d’être un homme » du Musée Dapper à Paris met en avant les arts premiers d’Afrique et d’Océanie pour tenter de cerner l’éternel masculin. Les ornements et les emblèmes révélateurs des identités masculines sont au cœur de cette « expo ». Parures, sculptures, vêtements, accessoires, les œuvres, pour la plupart inédites, évoquent les nombreux rites d’initiation de l’homme et nous montrent que la puissance s’acquiert par celle de l’animal.
En effet, devenir un homme représente, selon les sociétés, un chemin plus ou moins long à parcourir. Partout dans le monde, les aînés s’efforcent d’enseigner aux plus jeunes des règles de comportement. En Afrique comme en Océanie, les hommes apparaissent rarement sans ornement. Portés au quotidien ou lors de cérémonies, les parures et les emblèmes témoignent d’expériences vécues, notamment lors des rites d’initiation qui marquent les différentes étapes de la vie d’un individu. Celui-ci, durant ses apprentissages et les transformations qui s’ensuivent, devient véritablement un être social. Car les modifications de l’apparence première, autrement dit du corps nu, sont révélatrices du statut occupé au sein de la communauté. Tous les signes, objets et marques corporelles, affichent l’identité d’un homme et le situent au sein d’un groupe où il trouve sa place selon son âge et sa fonction.
Ornements et vêtements attirent l’attention. Ils permettent de susciter le regard des autres. Les signes d’une masculinité nouvellement établie et confirmée au sortir de l’enfance s’affichent en diverses parties visibles du corps grâce aux scarifications, aux tatouages ou aux peintures éphémères. S’y ajoutent fréquemment des mutilations plus ou moins importantes, perforations profondes du nez, des oreilles et des lèvres par des objets qui peuvent atteindre une taille impressionnante ; le cou, le buste, les bras et les jambes sont parfois « encombrés » de multiples accessoires.
Mais ces images chargées de sens révèlent une autre réalité qui se situe bien au-delà de la seule recherche esthétique. Lors des rites d’initiation, il est fréquent que l’on procède à la circoncision ou que l’on effectue des actes plus lourds encore telles les incisions de l’urètre. La réouverture régulière des cicatrices permet aux hommes de saigner périodiquement, rappelant ainsi les menstrues féminines. En période de puberté, puis à l’âge adulte afin de passer un ou plusieurs grades au sein d’une communauté, les initiés subissent des épreuves souvent fort pénibles tant du point de vue physique que mental. Se mettent alors en place des obligations et des interdits qu’ils doivent parfois respecter leur vie durant.
La valorisation du corps dans des contextes rituels bien particuliers et sa « mise en beauté » s’accompagnent de règles précises et répond avant tout aux exigences du groupe. En témoignent des codes vestimentaires, des plus élémentaires, comme les étuis péniens, aux plus élaborés, telles les amples tuniques et robes.
Les ornements, extrêmement variables en nombre, dimensions et matériaux, ont une caractéristique commune : ils ne cachent pas mais au contraire mettent en valeur la virilité et la beauté des corps. À cet égard, le corset de perles très ajusté que portent quotidiennement les Dinka (Soudan) suggère l’intimité si ce n’est la sensualité en soulignant la finesse de la taille, la musculature du dos et le galbe du fessier. Sa rigidité due à l’armature centrale assure un maintien parfait, donnant de l’ampleur au buste. L’agencement des rangs de perles présente une certaine souplesse pour permettre la liberté des mouvements. Bien qu’extrêmement coûteux, le corset constitue un véritable emblème. Les couleurs des perles et leur assemblage diffèrent selon les classes d’âge et indiquent ainsi quelle est l’évolution des jeunes hommes.
Cette exposition se veut avant tout une exploration de quelques aspects majeurs des identités masculines dans les mondes africain et océanien. Des exemples significatifs ont été puisés dans les grandes aires culturelles de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique équatoriale et centrale, et pour le Pacifique, au sein des milliers d’îles elles-mêmes regroupées en trois entités de taille différente : la Polynésie, la Mélanésie et la Micronésie.
A voir jusqu’au 11 juillet 2010
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